Vivian Akerib M.A.

Membre de l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ)

Troubles d’apprentissage

Les problèmes académiques sont quelques-unes des raisons les plus fréquentes pour lesquelles une évaluation neuropsychologique est obtenue. Les problèmes à l’école sont dus à une variété de facteurs, y compris le manque d’attention, les problèmes de comportement, les maladies ou troubles médicaux ou neurologiques, et les troubles d’apprentissage authentiques. Le but de l’évaluation neuropsychologique est de déterminer la cause des problèmes académiques afin que des services et des traitements appropriés puissent être mis en place.

Les troubles d’apprentissage, dont on estime qu’ils touchent environ 7 % des enfants d’âge scolaire, sont diagnostiqués lorsque la capacité d’une personne à lire, écrire ou en mathématiques est inférieure à ce qui serait attendu en fonction de l’âge et/ou du niveau scolaire et nuisent de manière significative au fonctionnement de la personne à l’école ou dans les activités de la vie quotidienne où la lecture, l’écriture ou les mathématiques peuvent être nécessaires.

Les troubles d’apprentissage sont généralement divisés en trois sous-types, selon la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR ; American Psychiatric Association, 2000). Les voici : 1) Lecture ; 2) Mathématiques ; et 3) Expression écrite.

Trouble de la lecture/Dyslexie

On estime qu’environ 5 % des écoliers souffrent de troubles de la lecture ou de dyslexie et que ces enfants représentent environ la moitié de la population de l’éducation spécialisée. Les gènes sont présumés sous-jacents à au moins certains aspects des troubles de la lecture. Par exemple, de nombreux enfants qui éprouvent de la difficulté à lire ont des parents ou des frères et sœurs qui font face au même défi. Cependant, il est probable que de multiples chromosomes soient impliqués. Parmi les autres causes des problèmes de lecture, mentionnons les faibles possibilités d’éducation et les traumatismes cranio-cérébraux. Lorsqu’un trouble de la lecture est causé par un traumatisme cranio-cérébral, le trouble est appelé « alexie ».

Lorsqu’une personne présente des difficultés à lire, des problèmes de décodage et/ou de compréhension sont généralement signalés. Les plaintes fréquentes incluent le fait d’avoir à lire et relire un texte plusieurs fois, d’oublier ce que l’on a lu, de lire très lentement ou de substituer/deviner des mots en fonction du contexte. Pour qu’un individu devienne puisse lire efficacement, trois composantes sont essentielles : les processus phonologiques, les processus orthographiques et la fluidité phonologique.

Les enfants qui ont des difficultés avec le traitement phonologique ont souvent des déficits de traitement auditif qui se traduisent par une mauvaise conscience phonologique. Ces enfants (et adultes) ont une acuité auditive normale d’après l’évaluation audiologique, mais peuvent avoir été sujets à des otites et avoir eu un drain transtympanique mis en place. En outre, les questions linguistiques peuvent également être importantes. Par exemple, en tant que nourrissons, les enfants peuvent avoir connu des retards dans le développement du langage. Des problèmes d’articulation peuvent avoir été notés (p. ex., prononcer le son « l » comme un « w ») ou l’enfant peut présenter des problèmes dans le langage dans son versant réceptif (c’est-à-dire la compréhension du langage) et le langage expressif (c’est-à-dire la capacité de s’exprimer en utilisant le langage).

Les enfants avec le sous-type phonologique de trouble de la lecture ont une mauvaise compréhension de la relation son-symbole, qui se réfère à leur compréhension des sons dont une langue particulière est composée et des lettres utilisées pour représenter les sons. (Il est intéressant de noter que les enfants qui éprouvent des difficultés dans leur langue maternelle ont également des difficultés lorsqu’ils essaient d’apprendre une langue étrangère.) Par conséquent, leur conscience phonologique (c’est-à-dire la compréhension des sons et la capacité de les manipuler) est compromise. Une conscience phonologique intacte est essentielle au processus de décodage – prononcer les mots. Lorsque la conscience phonologique est compromise, les enfants se fient souvent sur des stratégies compensatoires, telles que les mots perçus de façon globale et deviner des mots en fonction de leur configuration ou du contexte dans lequel ils se trouvent. Il en résulte une mauvaise compréhension du matériel écrit, en particulier dans les classes supérieures.

Les enfants présentant des déficits dans les processus orthographiques éprouvent des problèmes avec les graphèmes et les morphèmes. Les morphèmes sont les plus petites unités sonores dans une langue qui transmettent un sens. Par exemple, la fin é est le plus souvent utilisée pour désigner le passé d’un mot (par exemple, monté est le passé de monter). Les graphèmes sont les versions écrites des morphèmes. Dans ce type de trouble de la lecture, les enfants ont peu de difficulté avec des mots qui ont un sens phonémique (p. ex., des mots tels que ta qui sonnent tels qu’ils sont épelés), mais ont du mal avec des mots qui sont irréguliers d’une certaine manière (p. ex., des peuvent être lus comme d-è-s). Leur lecture tend à être lente et laborieuse. C’est le type de trouble de la lecture où les mots et les lettres semblent bouger, les lettres sont mal identifiées (p. ex., confondre b, d, p et q) ou transposées (c’est-à-dire que les lettres dans un mot sont permutées), ou les lettres au milieu des mots ne sont pas lues.

Une lecture fluide fait référence à une lecture expressive, rapide et autonome. Les enfants qui éprouvent des difficultés face à cette composante de la lecture ont tendance à avoir des compétences de décodage adéquates (c.-à-d., les processus phonologiques et orthographiques peuvent être adaptés à l’âge). En revanche, ces enfants lisent lentement et font de nombreuses fautes d’orthographe. En outre, les enfants rapportent avoir oublié ce qu’ils ont lu. Le fait d’oublier est dû au fait que la mémoire de travail n’a que peu de temps pour traiter les renseignements. Lorsque la vitesse de traitement est faible, au moins une partie des renseignements obtenus à partir de la lecture du texte est susceptible d’être perdue. Ce type de trouble de la lecture est plus susceptible d’être associé à des déficits dans les fonctions exécutives et se retrouve couramment chez les enfants avec le type inattentif de TDAH.

Les enfants avec un trouble de la lecture deviennent des adultes avec un trouble de la lecture. Les adultes éprouvent généralement des difficultés avec la fluidité, mais ont tendance à lire la plupart des mots avec précision. Cela signifie qu’ils lisent avec précision mais lentement, ce qui nécessite plus de temps pour passer à travers le texte que la normale. Cela peut avoir une incidence sur leur performance au collège et au travail et peut amener une personne avec certaines capacités à donner un rendement bien en dessous de sa capacité réelle.

Le rôle de l’évaluation neuropsychologique est de déterminer pourquoi l’enfant ou l’adulte a du mal à lire, en particulier, en cherchant à déterminer lequel des aspects du processus de lecture (p. ex., les processus phonologiques, orthographiques ou la fluidité) ne fonctionne pas correctement. En fournissant une évaluation détaillée, cela permet d’élaborer un programme individualisé en fonction des besoins individuels de l’enfant.

Trouble de l’expression écrite

Les troubles de l’apprentissage fondés sur l’écriture, ou la dysgraphie, surviennent le plus souvent dans le contexte d’autres troubles de l’apprentissage ou du langage. Pour rédiger efficacement, la personne doit développer des compétences d’orthographe adéquates et des connaissances de la grammaire et de l’écriture. Pour que les compétences orthographiques appropriées se développent, l’individu doit avoir une conscience phonologique adéquate. Il n’est donc pas surprenant que les individus ayant une conscience phonologique insuffisante aient de mauvaises capacités de lecture et d’orthographe. La grammaire fait référence aux règles par lesquelles nous organisons les composantes de la langue. L’écriture fait référence à la manière dont les symboles et les combinaisons de symboles réels sont produits.

L’évaluation neuropsychologique se concentre sur chacun des éléments nécessaires au développement de compétences d’écriture adéquates : orthographe, grammaire et écriture, examen de la conscience phonologique, capacité à traduire les pensées sous forme écrite et la motricité fine nécessaire pour produire avec précision les symboles et les espaces des mots.

Trouble en mathématiques

Les troubles de l’apprentissage dans le domaine des mathématiques touchent environ 6 % de la population. Bien que la recherche ne soit pas concluante, il y a un consensus grandissant que trois types de troubles en mathématiques existent : Les sous-types de mémoire sémantique, procédural et visuo-spatial. Le sous-type de mémoire sémantique coexiste couramment avec le trouble de la lecture et est caractérisé par des déficits dans la capacité de reconnaître la nature symbolique entre les nombres arabes et les quantités qu’ils représentent. En outre, les individus avec ce sous-type de trouble en mathématiques ont une automaticité faible associée à un apprentissage inadéquat des faits mathématiques. Les individus démontrant le sous-type procédural sont caractérisés par des connaissances quantitatives et des relations symbole-quantité adéquates, mais démontrent une utilisation inadéquate des stratégies et une dépendance à des stratégies plus immatures. Ils ont tendance à travailler lentement et sont susceptibles de faire des erreurs de calcul. Ce sous-type est souvent associé au sous-type inattentif du TDAH. Enfin, le sous-type visuo-spatial est caractérisé par des problèmes d’alignement des nombres dans les colonnes et des valeurs de position dus à une mauvaise organisation visuo-spatiale associée à un dysfonctionnement de l’hémisphère droit (les enfants atteints du trouble du spectre de l’autisme sont plus susceptibles d’avoir ce sous-type de trouble en mathématiques).

L’évaluation neuropsychologique évalue les capacités arithmétiques de diverses manières, y compris les problèmes de nombres, les problèmes de mots, les applications pratiques et la fluidité/automaticité. Les compétences visuo-spatiales sont également examinées pour voir si elles sont impliquées dans les problèmes arithmétiques que l’individu éprouve.

Bien que de nombreux enfants aient pu subir une évaluation psychologique ou éducative en milieu scolaire, ce type d’évaluation souvent ne suffit pas pour déceler les troubles d’apprentissage en lecture, écriture ou mathématiques. Les évaluations typiques en milieu scolaire utilisent un modèle de divergence pour déterminer la présence de troubles d’apprentissage, ce qui signifie qu’elles servent à trouver une grande différence entre le niveau d’intelligence de l’enfant (déterminé par un test de QI) par rapport à la performance sur un score de réussite scolaire. Cette méthode ne parvient pas à identifier correctement environ 50 % des personnes avec un trouble d’apprentissage. L’évaluation neuropsychologique comprend des mesures du fonctionnement intellectuel et académique, mais utilise également des méthodes qui évaluent les fonctions cérébrales impliquées dans la lecture, les mathématiques et l’écriture, ainsi que les composantes plus subtiles impliquées dans chacun de ces domaines académiques. L’évaluation neuropsychologique permet non seulement de diagnostiquer plus précisément le problème, mais peut également découvrir les aspects qui sont à l’origine du problème, menant à l’élaboration et à la mise en œuvre de traitements et de services plus efficaces.

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